AMANDINE ZIATA

Ny Fiandrasana [ni fian dzassane] | L’attente   

Lors d’un voyage à Madagascar avril 2018, j’ai eu l’occasion d’accompagner une association organisant des actions sociales en prison. Avant de commencer, deux gardiens de prison (rouge et vert) ont tenu à nous faire visiter l’intégralité du centre pénitentiaire en 1 heure. Ce que vous voyez ici en est le résultat.

Je n’étais censé photographier que les membres de l’association que j'accompagnais, mais je n’ai pas pu me retenir. En me cachant pour prendre des photos, ou en essayant de toujours inclure une personne de l’association dans le cadre de l’image, j’ai commencé à prendre des photos des lieux et des gens, à l’instinct et dans l’urgence. Pas de possibilité de recommencer : on ne m’attendrait pas. En si peu de temps, je n'ai pas eu la possibilité de parler à ces hommes et ces femmes. Ce qui m'a cependant frappé, c'est la manière dont ils arrivent à recréer un semblant de normalité dans un lieu comme celui-ci.

De cette prison se dégage une dualité : entre la précarité de l'existence des détenus (une précarité d’ailleurs partagée par la majorité de la population malgache) et la vie communautaire qui s'y organise malgré tout. Pas de cellules ici, pas de barreaux, on peut voir des plantations, des gens jouer, etc. Un marché s’est même implanté dans le quartier des hommes où les détenus s’échangent ce qui est cultivé sur place et ce qui vient de l’extérieur : nourriture, vêtements, produits d’hygiène, etc. La prison prendrait presque les traits d’un village. 

Dans ce lieu où plus de la moitié des détenus attend d’être jugée, tous font de leur mieux pour faire de cet espace isolé un lieu où vivre est un peu plus tolérable. L'attente dure parfois plusieurs années mais la vie continue, parce qu’il le faut. 

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Les actions sociales sont organisées par cette association bénévole malgache et visent principalement à apporter des produits d’hygiène et des vêtements, que la prison ne fournit pas. Il s’agit de dons fait par des locaux redistribués aléatoirement sur place, sous forme de loterie. Lorsque c’est possible, les bénévoles apportent également des bonbons, des sucreries ou des pâtisseries locales pour rendre cette journée spéciale. Les bénévoles organisent également des moments de discussion et de partage, des ateliers d’écriture et de SLAM. L’objectif est ici de montrer aux participants une autre manière de verbaliser leurs frustrations, leurs colères, leurs peurs et leurs espoirs. 

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